Les Heures de Parfum

Une collection d'instants olfactifs de pure émotion, de parfums de Haute Parfumerie privilégiant les sens et les matières d'extrême sophistication. Des sillages très privés composés par Mathilde Laurent, parfumeur de la Maison Cartier.
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Il était temps d'attraper la vie, celle des petits matins frais petit grain, HERBES FRAÎCHES à l’aube des intentions. Tout lui semblait possible, aimer, créer, croire. Il lui fallait entrer dans ce jour, bercée d’assurance et de candeur IRIS, voler ou marcher dans les premières lueurs d’un printemps d’existence. La nouveauté était à saisir comme un continent vierge nimbé d’espoir et de promesses à choyer encore un temps, avant que tout n’arrive. Prolonger l’instant, préserver : L’HEURE PROMISE par Cartier.
Un édredon de parfum santal pour quitter la nuit sans froisser le sommeil. Dehors, je sens, comme un voile de tulle NOTES MUSQUÉES, une odeur à moi, celle de mon destin qui se joue, de l’aventure à vivre, bien décidée à être.

C’est le rouge qu’elle voulait, pour le rose de l’émoi, la tumescence des lèvres que l’on mord chair de fraise, l’oeillet de sa boutonnière à lui. L’approcher, le frôler, l’affoler, dévêtue de toute timidité et drapée d’un frou-frou de sensualité mutine et vaporeuse CRÈME DE MARRONS. Plus de trac, juste une danse cadencée dans l’aura d’un velours de scène notes irisées quand la lumière suit le corps. Regarde, ici mon épaule veloutée NOTES GIROFLE, là ma cambrure qui tangue, tantôt je m’évapore, pour mieux te revenir, jeux de jambes et moue boudeuse. Tu les aimes mes jambes ? Et ma nuque ? Ma chute de reins ? Regarde, je suis ton amoureuse dévoilée, celle de l’HEURE CONVOITÉE, l’effeuilleuse poudrée de nudité dont les dessous rouges notes rose rouge valsent en riant NOTES VERTES FRAÎCHES. Et si je te vouvoyais, juste pour le show, la chanson de Gréco* : “ Déshabillez-moi, mais pas tout de suite, pas trop vite, sachez me convoiter, me captiver ! ”.


*Déshabillez-moi, chanson écrite par Robert Nyel et composée par Gaby Verlor

J’ai descendu dans mon jardin, pour y cueillir du romarin … Sur un air de comptine, retrouver le chemin du jardin des simples là où pousse la gaité d’aromates sauvages.
Plantes savantes cueillies pour le bonheur de l’âme et du corps, soignés d’une infusion de joie et de courage lentisque. À prescrire, pour se ressaisir, remédier à la mélancolie THYM, ordonnance d’apothicaire et secrets d’officine que cet antidote aux vertiges de l’amer, instillée d’herbes folles verveine. C’est ainsi que la renaissance opère, auréolée de bonté rieuse, d’une verdeur taquine ABSINTHE, d’un bien être inspiré lavande, quand la vertu d’une heure dissipe les nuages de l’esprit, rassérène les consciences NOTES AMANDES … Gentil coquelicot, mesdames, gentil coquelicot…

L’horizon se dégageait, catalysait les envies de s’échapper. Aube ou crépuscule ? L’instant sentait la terre promise, la luzerne, le frémissement d’un été de l’âme magnolia, BERGAMOTE. Une chance à saisir comme on s’accroche à l’encolure sauvage de la vie NOTE CRINIÈRE. Et c’était parti ! Ensemble ils éperonneraient les défis vétiver, au corps à corps d’un cuir tanné MATÉ, d’un pelage lustré, tous les deux complices de leur propre enlèvement, ravisseurs romanesques d’un amour qui s’emballe notes musquées. Chevauchée au galop et à tout crin que L’HEURE FOUGUEUSE, altière et impérieuse lavande précipiterait vers la liberté dans la chaleur du foin frappé par l’orage COUMARINE, mousse de chêne.

L’instant frissonnait d’énergie sous haute tension citron, LIMETTE. L’imprévu dictait sa loi. Le départ s’annonçait. Dehors, le monde s’accélérait. L’heure où tout s’éclaire, néons d’envies à consommer. Ne rien s’interdire, s’électriser d’acidité, palper le vibrato de la rue, courir le macadam, équipée sauvage et délurée. Et, trinquer à la vie notes gin, au soir qui tombe, aux fêtes qui ont eu lieu, à celles qu’on inventera plus tard au fil des ivresses. Parce que le temps est aux éclats ALDÉHYDES, le bonheur au diapason de ces corps survoltés de fantaisie et d’un frisson tonique de : L’HEURE BRILLANTE versée comme une goutte piquante.

Ne pas se défendre, ne rien se refuser de cette envie nappée de volupté secrète note ambrée. Oui, elle est déraisonnable mais c’est la faute de cette peau hâlée et soyeuse SANTAL, de ce velouté ensoleillé si doux, si beau, si chaud tolu dont j’imagine le goût d’autant plus obsédant qu’il m’est défendu. Ne pas se défendre, s’abandonner à l’aura magnétique NOTES MUSQUÉES, au souffle subtil de cette HEURE DÉFENDUE, succomber à cette tentation sourde et douce patchouli… Ivre de ses sortilèges VANILLE sucrés de noir absolu cacao noir.

Le monde se levait, dressait son petit matin frais et joyeux… Lavé. C’était doux cette ébauche de lumière à fleur de cils notes pivoine, on aurait pu s’y baigner nu à la claire fontaine pour la transparence, l’éclosion à la vie ROSE. Bouche, nuque, épaules, elle entrait dans l’air avec l’air de rien, mutine et fraîche notes litchi comme un sourire qui fait encore l’enfant. Tout semblait neuf et lumineux à la source fleurie de fil d’argent BOIS AMBRÉS de cette HEURE DIAPHANE rayonnante dont les reflets exquis dissipaient tout, enveloppaient tout ionones, d’un nuage d’émotions pures.

Si on jouait à avoir de la chance, bien sûr on aurait des milliards d’envies, d’appétits de bulles et d’entrées en scène au bras des plus enviés. Bien sûr, le monde nous appartiendrait, parcouru d’un coup d’aile privée. On serait chercheurs de diamants ou dollar princess, gourmands de tous les fruits de convoitise en carats, les rouges groseille, BAIES ROSESgrenadine, les bleus MYRTILLE, cassis, MÛRE, violette, les verts notes de feuilles, LIERREbuis, SHISO et les blancs ALDÉHYDES, polygonum “meilleurs amis et faiseurs de miracles sur la peau”...
“Pou, pou pi dou”... Mettre de la soie pour dormir, de l’euphorie pour vivre, du champagne dans mon bain, un coupé pour sortir, et de : L’HEURE FOLLE pour m’applaudir sur mon passage, altesse de mon impériale fantaisie.

Le palpable, le sensible, la réalité, le concret, la belle affaire ! Du moment que le transport est là ! Et si voyager dans le temps devenait possible au seuil de L’HEURE PERDUE rien ne le serait plus et l’on savourerait le plaisir partagé d’une madeleine retrouvée. Exquise douceur surgie de toutes les enfances, d’une mémoire universelle. D’où vient-elle cette heure charnelle au parfum lactéfamilière et fondatrice? 
D’un souvenir poudré d’élégance HELIOTROPINE, d’un appétit de l’autre ? Voluptueuse et intime MUSCENONE comme un parfum de connaissance. Est-ce parce qu’elle doit tout à la science, si douée pour faire croire au naturel là où elle agit en alchimiste, explore l’artificiel à travers un précipité des plus grandes molécules de synthèse avec une préférence pour la VANILLINE, cet aldéhyde aux arômes de volupté dont l’aura soyeuse IRACINE flotte sur cette onzième heure perdue et progressiste, démythifiant l’idée reçue selon laquelle la beauté ne vaudrait que si elle est NATURELLE.

Le silence se promenait, on l'entendait respirer, roder comme le désir. Le calme sentait le provisoire. Un engourdissement gagnait la vie, lent jasmin et lourd PATCHOULI.
Un temps pour écouter battre son pouls au bord de l’abandon, comme un compte à rebours à l’envers de soi, un voyage dans l’intime, là où tout se noue et se dénoue. Se replier, s’échapper et parvenir en pensée à l’épicentre sacré de sa personne, ce point de soi sur lequel la conscience se pose. 
Faisait-il jour élémi, CORIANDRE ? Faisait-il nuit encens, OLIBAN ? Bientôt il faudrait quitter la pénombre cade, mais pas tout de suite. Avant, savourer : L’HEURE MYSTÉRIEUSE, juste une heure, pas plus, c’est promis, cueillie au creux du ventre pour revenir à la source de soi.

Il y a des moments comme ça, où tout peut se transformer, où l’on ne sait plus distinguer le réel de l’irréel. Une affaire d’exacte séduction notes cuirs, MATÉ, bouleau, d’objet de désir NARCISSE, de métamorphoses entre ombre et lumière bergamote. Un temps pour aspirer le vide et défier l’aventure patchouli là où : LA TREIZIÈME HEURE se glisse, sensuelle VANILLE et fatale sur ma peau comme un sentiment, un vertige exquis d’inconnu. Puis, ne plus distinguer le vrai du faux, la nuit du jour, et s’en remettre au flou, ce clair obscur de la nature qui rend tout unique et possible.